Le capital-investissement français a atteint en 2018 un nouveau record de levées de fonds et d’investissements, selon une étude de l’association professionnelle France Invest.

 

14,7 milliards d’euros. C’est la somme record investie par les acteurs français du capital-investissement dans 2 200 startups, PME et ETI, dont la majorité (84 %) sont basées en France, selon le baromètre 2018 publié par France Invest, l’association qui regroupe la majeure partie des acteurs du secteur et Grant Thornton. Ces investissements ont progressé de 16 % entre 2012 et 2018.

 

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Le capital-investissement permet de contribuer au financement des entreprises. Il consiste à prendre des participations, majoritaires ou minoritaires, dans le capital de PME et ETI, généralement non cotées.

 

« Avec des indicateurs en progression constante, nous sommes sur la bonne trajectoire pour mettre la France au niveau des économies qui ont fait de l’investissement en capital un puissant levier pour créer de nouveaux champions mondiaux, souligne Dominique Gaillard, président de France Invest. Un nombre croissant d’entreprises fait appel au capital‐investissement français. Ceci est le signe de l’attractivité de ce mode de financement et d’accompagnement qui permet aux start‐up, PME et ETI d’accélérer la croissance de leur activité et de leurs effectifs à un rythme supérieur à celui de l’économie française dans son ensemble ».

 

Les premiers secteurs d’investissement ont été, en montants, comme les années précédentes, l’industrie (31 %), et en nombre d’entreprises financées, ceux de l’informatique et du numérique (25 %). Près de 80 % des entreprises reçoivent des investissements unitaires inférieurs à cinq millions d’euros, soit 14 % des montants investis.

 

18,7 milliards d’euros levés en 2018

 

Pour financer les entreprises, les fonds de capital-investissement doivent en amont convaincre des investisseurs (fonds souverains, fonds de retraite, assurances…) de leur confier de l’argent en gestion. En 2018, les levées de fonds des acteurs français du capital-investissement ont bondi de 13 % pour atteindre le montant record de 18,7 milliards d'euros. Ces fonds étrangers seront investis au cours des cinq prochaines années dans des start-up, des PME et des ETI.

 

« Le capital investissement se porte bien en France et séduit de plus en plus d’investisseurs - fonds de fonds, fonds souverains, assurances - car le secteur génère des rendements intéressants. La moitié des fonds levés en 2018 provient d’investisseurs étrangers », explique Antoine Papiernik, administrateur de France Invest et partenaire-associé de Sofinnova Partners.

Le capital-investissement peut intervenir à différents moments de la vie d'une entreprise : à sa création pour le financement de l'innovation (capital-innovation, encore appelé capital-risque), à l'occasion d'un projet de développement pour les entreprises à fort potentiel de croissance (capital-développement), pour l'acquisition, la transmission ou la cession d'entreprises (capital-transmission), en cas de difficultés (capital-retournement).

« La majorité du capital-investissement concerne des entreprises plus stables afin de financer leur développement ou leur transmission », précise Antoine Papiernik. En effet, l’an dernier sur les 14,7 milliards d’euros investis, 9,6 milliards ont concerné des opérations de transmission, 3,5 milliards du capital développement, contre « seulement » 1,6 milliard dans le capital risque et 26 millions dans le capital retournement.

 

La France, numéro 2 du capital-innovation en Europe

 

Secteur clé du financement de l’innovation, le capital-innovation (venture capital en anglais) est particulièrement dynamique dans l’Hexagone : selon France Invest, 877 entreprises ont été accompagnées pour un montant de 1,6 milliard d’euros investis en 2018. « Le capital-innovation finance des entreprises qui ne génèrent pas encore de résultat net positif, résume Antoine Papiernik. Dans le domaine du capital-innovation, la France est numéro 2 en Europe, derrière la Grande-Bretagne, ex-aequo avec l’Allemagne ».

 

Encore balbutiant il y a une vingtaine d’années, le capital-innovation est devenu un vrai écosystème. « Ce développement rapide est dû à l’adoption d’un environnement juridique favorable, avec l’adoption de la loi Allègre sur l’innovation et la recherche[1] en 1999, puis avec l’adoption du label jeune entreprise innovante, qui permet à des sociétés réalisant des projets de R&D, de bénéficier d'une réduction de leur fiscalité et des charges sociales », détaille Antoine Papiernik.

 

Mais les chiffres diffèrent entre les études. Dans son Baromètre du capital-risque en France, publié le 30 janvier, le cabinet EY estime que les startups françaises ont levé 3,624 milliards d'euros en 2018, soit plus de 1,1 milliard d'euros de plus qu'en 2017, un record. « Cette différence provient d’une distinction complexe entre capital-risque et capital-développement », explique Franck Sebag, associé chez EY et auteur du rapport. En effet, la frontière n’est pas toujours très claire. « Dans le cas de Voodoo, qui a levé 169 millions d’euros en 2018, nous avons décidé de comptabiliser l’opération en capital-risque, d’autres ont considéré que cette levée de fonds rentrait dans le cadre du capital-développement », ajoute-t-il.

 

Autre point positif, selon l’étude d’EY, dans le capital-risque les tours de table de plus de 10 et 20 millions d'euros augmentent nettement, un signe de l'arrivée à maturité de l'écosystème d'innovation français. « Les investisseurs, français et internationaux, ne se contentent plus de parier sur nos entreprises en participant modestement aux tours de table. Convaincus du potentiel des talents et des projets tricolores, ils n'hésitent plus à financer les projets les plus ambitieux de nos entrepreneurs », se félicite Franck Sebag.

 

Pour encourager encore le développement du capital-innovation, l’ambition de France Invest est de renforcer l’offre en encourageant l’arrivée de nouveaux fonds (on compte plus de 310 sociétés de gestion active sur ce secteur) et en accompagnant les fonds existants à diversifier leur stratégie. Le deuxième axe consiste à stimuler la demande : « Aujourd’hui, 7.500 entreprises françaises sont accompagnées et nous devons convaincre plus d'entrepreneurs de faire appel à des investisseurs en capital pour les aider à financer leurs projets de croissance », conclut Antoine Papiernik.

 

Top 5 des levées de fonds en France en 2018

Voodoo, 169 millions d'euros (gaming)
Deezer, 160 millions d'euros (streaming musical)
BlaBlaCar, 101 millions d'euros (transports)
Dataiku, 88 millions d'euros (logiciels)
Evaneos, 69,5 millions (tourisme)

[1] Elle permet, en particulier, aux universitaires et aux chercheurs de créer une entreprise de type startup et de déposer des brevets.