1/ Retour sur une décennie de choix politiques forts

Grâce à d’importantes réserves de charbon sur son sol et d’hydrocarbures dans la mer du Nord, le Royaume-Uni a pu pendant longtemps s’appuyer sur des énergies fossiles pour assurer ses besoins énergétiques. Si bien qu’en 2008, environ 80 % de l'électricité du pays provenaient de combustibles fossiles, et il y a tout juste dix ans, 40 % de son électricité étaient encore générés grâce au charbon. Bien qu’ayant réussi à se stabiliser, la production d’hydrocarbures dans la mer du Nord décline sur le long terme, poussant le pays à s’adapter et à se tourner vers des sources d’énergie bas-carbone.

2008 : Tout s’accélère

En 2008, la loi sur le changement climatique Climate Change Act est largement adoptée par le Parlement. Cette loi définit des objectifs de réduction des émissions ambitieux et juridiquement contraignants : moins 80 % en 2050 par rapport à 1990. Cette loi crée également le Committee on Climate Change (CCC), chargé de conseiller le gouvernement sur le changement climatique, notamment sur les budgets carbone et les objectifs de réduction d’émissions. Il fournit également des rapports d'avancement annuels au Parlement sur les progrès du gouvernement dans la réalisation des objectifs climatiques.

2013 : Introduction d’une taxe carbone

À travers l’Energy Act, le Royaume-Uni a lancé sa Réforme du Marché de l’Électricité (EMR) afin d'encourager les investissements dans une électricité sûre, à faible émission de carbone et plus abordable. Cette réforme s’appuie sur 4 politiques :

  • Un Marché de Capacité (CM) pour assurer la sécurité de l'approvisionnement en électricité à moindre coût pour le consommateur.
  • Le Contract for Difference (CfD) garantit un prix pour l’électricité générée par des procédés à faible intensité carbone.
  • Le Carbon Price Floor (CPF) est une taxe sur les combustibles fossiles utilisés pour produire de l'électricité.
  • La Norme de Performance en matière d’Émissions (EPS) vise à limiter les émissions de CO2 de toute nouvelle centrale électrique.

Le Carbon Price Floor (CPF) est mis en œuvre pour soutenir le système communautaire d’échange de quotas d’émission de l'UE (SCEQE). Il se compose de deux éléments qui sont payés par les producteurs d'énergie : le prix des quotas du SCEQE et le Carbon Support Price (CSP) déterminé par le gouvernement britannique, qui complète les prix des quotas du SCEQE, jusqu'à atteindre un « prix plancher » du carbone. En plus de rapporter de l’argent à l’état – en 2017 le Trésor britannique a récupéré 1 milliard de livres sterling en recettes fiscales – une partie significative de la baisse de la production d'électricité à partir de charbon a été attribuée au CPF.

2014 : Des investissements massifs dans les énergies bas-carbone

Pour réussir sa transition énergétique, le gouvernement britannique a également misé sur d’importants investissements dans les énergies renouvelables. Encouragées par le mécanisme Renewables Obligation (RO), obligeant les fournisseurs d'électricité à s'approvisionner en électricité de sources renouvelables dans une proportion croissante, des installations renouvelables commencent à apparaître au début des années 2010. Le RO a ensuite été remplacé par les Contracts for Difference. La production à plus petite échelle était principalement soutenue par les Feed-in Tariffs (FiT), qui rémunérait à prix garanti le propriétaire de dispositif de production d’énergie renouvelable.

Le programme Contracts for Difference, dont la première vague d’enchères a eu lieu en 2014, est le principal mécanisme gouvernemental de soutien à la production d'électricité bas-carbone. Dans le cadre de ces enchères, plusieurs développeurs sont en compétition afin d’obtenir une part du budget pour soutenir leurs projets éoliens offshore, onshore, solaire, houlomoteur, marémoteur et nucléaires.  Un CfD est un contrat de droit privé entre un producteur d'électricité bas carbone et l’entreprise publique Low Carbon Contracts Company. Les développeurs sont payés à un taux fixe (indexé) pour l'électricité qu'ils produisent sur une période de 15 ans ; la différence entre le "Strike Price" (un prix pour l'électricité reflétant le coût d'investissement dans une technologie à faible émission de carbone particulière) et le "Reference Price" (une mesure du prix moyen de l'électricité sur le marché britannique). La quatrième vague d’enchères est prévue pour 2021. Pour la troisième vague qui a eu lieu en 2019, le programme avait un budget de près de 650 M EUR. 12 projets ont été acceptés, dont 6 projets de fermes éoliennes offshore, à des prix jamais atteints : le plus bas étant de 44,89 €/MWh, coût de raccordement au réseau compris, soit une baisse de 30 % par rapport à 2017.

2017 & 2019 : Clean Growth Strategy & Net Zero 2050

Publiée en 2017, la Clean Growth Strategy place les nouvelles technologies énergétiques et l'innovation au centre de la politique de décarbonisation du gouvernement. Cette stratégie expose notamment la manière dont le Royaume-Uni respectera ses quatrième et cinquième budgets carbone pour la période 2023-2032. Cela comprend, entre autres, un budget de 3 Mds EUR pour les économies d’énergie et l’efficacité énergétique.

Il y a un an, le Parlement britannique a modifié le Climate Change Act de 2008 pour y inclure un engagement d'émissions nettes zéro d'ici 2050. Le Royaume-Uni est devenu le tout premier pays du G7 à s’engager à ne plus émettre du tout de carbone en 2050. Cela démontre l’objectif non dissimulé de devenir un leader mondial dans le domaine de la décarbonisation. Un livre blanc sur l’énergie prévu en 2020 détaillera le cheminement du Royaume-Uni vers cet objectif, y compris les technologies qui bénéficieront d'un soutien. D’autres publications suivront, telles qu’un plan de décarbonisation des transports et une feuille de route pour la politique en matière de système de chaleur.

2/ Une évolution époustouflante

Les années 2010 ont été charnières dans le processus de transformation du paysage énergétique britannique.  En une décennie, le pays a assaini son mix électrique plus rapidement que toute autre grande économie mondiale. Les centrales au charbon ont pratiquement disparu et même la consommation de gaz a diminué d'un quart. Le pays tire désormais plus de la moitié de son électricité de sources à faible teneur en carbone, telles que le solaire, l'éolien et le nucléaire. Les énergies renouvelables ont comblé le vide laissé par les combustibles fossiles, parallèlement à la baisse de la demande d'électricité.

La fin du charbon

L'une des plus grandes évolutions du système électrique britannique au cours de la dernière décennie a été le déclin de la production de charbon, en raison notamment de la ruée vers le gaz naturel, devenu bien plus compétitif depuis de l’instauration de la taxe carbone de 2013. Depuis lors, la production d'électricité à partir de charbon n’a pas cessé de chuter pour atteindre seulement 2 % en 2019.

En mai 2016, la Grande-Bretagne connaît ses premières heures sans combustion de charbon pour produire de l'électricité depuis 1882. En avril 2017, le pays connaît son premier jour entier et en 2019 il passe à 18 jours consécutifs entiers sans combustion de charbon. En 2020, en pleine crise de coronavirus, un nouveau record est battu : pendant plus de deux mois, la Grande-Bretagne a laissé à l’arrêt ses centrales à charbon pour produire son électricité, pulvérisant ainsi son précédent record.

Les trois dernières centrales au charbon du Royaume-Uni seront fermées d'ici 2025. Le carburant qui a déclenché la révolution industrielle il y a presque deux siècles appartiendra alors au passé.

L’explosion des énergies renouvelables

La combinaison d’une volonté politique forte, des investissements publics massifs et de la baisse des coûts des technologies a fait du Royaume-Uni l’un des terrains les plus fertiles au développement d’énergies renouvelables au monde. Le pays est d’ailleurs leader mondial de l’éolien offshore depuis quelques années avec 8 483 MW de capacité installée et 2 016 éoliennes connectées (+1,7 GW de nouvelles installations en 2019). Le pays compte également une capacité onshore de 13 626 MW avec 8 588 éoliennes connectées.

Le secteur de l’éolien se compose de plusieurs grands acteurs locaux (Scottish Power Renewables, SSE), mais attire surtout de nombreuses multinationales étrangères dont notamment des turbiniers (Senvion, Vestas, Siemens Gamesa etc.) et des grands développeurs (Vattenfall, Ørsted, Equinor, EDF Renewables, Innogy etc.) qui mènent des projets d’envergure sur la zone. En position de leaders, les Britanniques ont développé une réelle expertise dans l’éolien et disposent aujourd’hui d’une Supply Chain mature qui cherche à s’exporter à l’international.

La filière solaire est aussi très avancée et certains leaders de la filière se sont développés à l’international dont notamment Lightsource BP et Solarcentury, la plus grande entreprise solaire du Royaume-Uni.

Les énergies renouvelables ont fourni près de 37 % de la production totale d'électricité en 2019 (contre seulement 7 % en 2010), ce qui, avec le nucléaire, signifie que les sources à faible teneur en carbone ont fourni pour la première fois plus de la moitié de la production annuelle d'électricité. En 2020, en pleine crise de coronavirus, la part des énergies renouvelables est passée pour la première fois devant celle des énergies fossiles dans la production d’électricité du pays. La biomasse, le solaire, et l’éolien ont représenté au premier semestre 37 % du mix électrique britannique contre 35 % pour les énergies fossiles, en raison notamment de conditions météorologiques favorables.

Il est donc certain que le Royaume-Uni est un marché de premier plan qui offre de nombreuses opportunités dans tous les domaines de la décarbonisation de son paysage énergétique.

Le retour du nucléaire

Publié en 2018, le Nuclear Sector Deal encadre l’engagement du gouvernement britannique envers la filière nucléaire. Ce deal à 238 M EUR a notamment pour objectif de faire en sorte que le nucléaire reste compétitif en matière de coûts par rapport à d'autres formes de technologies à faible teneur en carbone, afin de soutenir la stratégie globale de croissance propre du pays. L'accord prévoit :

  • Un objectif de réduction de 30 % du coût des nouveaux projets de construction d'ici 2030.
  • Une croissance tirée par l'innovation qui se traduit par des coûts de production réduits et une réduction de 20 % des coûts de démantèlement.
  • Une chaîne d'approvisionnement plus compétitive, avec un plus grand nombre d'entreprises britanniques utilisant des méthodes de fabrication avancées (advanced manufacturing) et pénétrant un plus grand nombre de marchés intérieurs et à l’export.

Le programme Nuclear New Build constitue une véritable relance du nucléaire civil au Royaume-Uni : 8 sites pourraient potentiellement accueillir une dizaine de nouveaux réacteurs nucléaires. Il s’agit du programme nucléaire le plus ambitieux d'Europe occidentale. Enfin, la technologie des petits réacteurs modulaires (SMR) suscite beaucoup d’intérêt dans le pays. Le gouvernement a débloqué 19 M EUR de subvention à la R&D dans ce domaine.

 

3/ What next ?

Les années 2010 ont été une période de changement accéléré en matière d'énergie et de climat pour le pays. D'énormes progrès ont été effectués dans la réduction des émissions et la transformation du système énergétique britannique.

Et pourtant, il semble que les défis les plus difficiles restent à venir. Le gouvernement britannique devra travailler dur pour définir une stratégie de décarbonisation pour atteindre le « Net Zero » en 2050, et garder une position de leader dans le domaine, face à une compétition internationale de plus en plus féroce.

Les années 2020 et 2021 pourraient devenir des nouvelles années charnières pour l'énergie et le climat au Royaume-Uni, avec la publication cette année du très attendu Livre Blanc sur l'énergie, plusieurs fois reportée, et avec l’organisation l’année prochaine de la COP26 à Glasgow en Écosse.

 

 

Pour aller plus loin, téléchargez nos fiches marché gratuites sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ainsi que l’électronucléaire au Royaume-Uni.

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Auteur :

Thomas ECK - Chargé de développement Énergie & Environnement - Business France Londres

 

Sources :

Aurora Energy Research

BBC

Carbon Brief

Committee on Climate Change

Gouvernement britannique

Service Économique Régional de Londres

Utility Week

 

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